Forum 4
"Quartiers nord de Marseille : le rapport à l’emploi, le rapport à l’entreprise "
Le 4ème forum du cycle Chances & Quartiers qui s’est tenu mercredi 22.10.08 de 18h à 20h a réuni près de 150 personnes. Organisée en partenariat avec le journal La Provence, cette rencontre a été introduite par Lionel Urdy, Directeur Général de l’Ecole de la Deuxième Chance et animée par Philippe Schmit, Rédacteur en chef adjoint de La Provence, en présence de Robert Castel, Sociologue et Directeur d’Etudes à l’EHESS, de Pierre N’Gahane (Préfet Délégué pour l’Egalité des Chances), de Xavier Giocanti (Président d’EZF - Association des Entrepreneurs de la Zone Franche), de François Magnan (membre de la Commission Emploi, en charge de l’Insertion Professionnelle au sein de l’UPE 13 - Union Pour les Entreprises des BDR), de Henri Jibrayel (Député des BDR - Vice Président du groupe socialiste à l’assemblée - Conseiller Général des BDR), de Michèle Trégand (Conseil Régional PACA – COTEF – Vice Présidente de la Commission emploi au sein du ) et de Josette Furace (Mairie des 15e et 16e arrts – 6ème Adjointe déléguée au développement économique, à l’emploi et au commerce de proximité).

Cette présentation réalisée par Achia DJOUNAID et Jocelyn TSANGUIZI (actuelle et ancien stagiaires E2C Marseille), est le résultat d’un travail effectué pendant plusieurs semaines dans le cadre d’un projet pédagogique intitulé "Chances & Quartiers".

Ce travail a été réalisé par un groupe de stagiaires avec le soutien de l’équipe pédagogique de l’Ecole de la Deuxième Chance ainsi que de Philippe Schmit et Corinne Matias, respectivement Rédacteur en chef Adjoint et journaliste de La Provence.
En pages 5, 6 et 7 du journal, se trouvent les résultats d’un sondage qui a été soumis à 150 stagiaires de l’Ecole de la Deuxième Chance.
SITUATION :
Les jeunes sont graves mais pas désespérés. Comme le montre notre sondage en pages 5, 6 et 7, le marché de l’emploi les affecte tout particulièrement.
L’examen des causes et des conséquences du chômage permet de mesurer la difficulté où ils se trouvent, les souffrances qu’ils endurent. Cependant, ils se disent prêts à l’emploi (37%) ou proches de l’emploi (32%). Ils croient dans les vertus des stages qu’ils effectuent. 86% les trouvent profitables ou très profitables. Un cliché voudrait en faire des assistés, ou des feignants tout simplement. Au contraire, ils demeurent confiants, connaissent leur intérêt et n’attendent que de saisir leur chance. L’emploi, ils sont plus de 70% à en rêver et accorderaient leur préférence, dans 60% des cas, à un contrat qui proposerait une formation intéressante.
A la rédaction de Chances & Quartiers, pour essayer de faire le tour de la question, nous sommes allés à la rencontre des chefs d’entreprises et nous avons questionné les acteurs de l’insertion. Nous avons posé les questions de management, de discrimination, de motivation, de projet, de perspective pour les jeunes et pour Marseille.
Nous remercions ceux qui nous ont reçus, qui ont répondu à nos sollicitations et à nos questions, qui ont contribué par leur concours à nous éclairer et, à travers ces échanges, permis de mesurer combien le problème de l’emploi se pose en termes d’activité et d’inactivité sans doute, mais aussi de culture, de santé, d’éducation et peut-être surtout d’égalité.
Nous avons choisi de vous faire la lecture d’un texte qui nous a particulièrement touché. Vous pourrez le trouver en page 10 du journal. Ce texte a été rédigé par l’une de nos camarades suite à une interview qu’elle a menée auprès de Icham, un ancien stagiaire de l’E2C.
Mon parcours scolaire a été difficile, je suis arrivé à Marseille à l’âge de 10 ans, je me suis retrouvé en classe de CM2 : j’avais beaucoup de difficultés à comprendre et à suivre le programme ; j’ai donc été placé de la sixième à la troisième en SEGPA. Puis j’ai effectué une remise à niveau CAP vente pendant 6 mois et j’ai raté mon CAP de deux points. Malgré mes difficultés, la directrice était fière de moi ; « j’avais fait marcher mon cerveau ».
Ensuite, la Mission Locale m’a réinscrit aux épreuves de CAP vente. Puis je me suis inscrit à l’Ecole de la Deuxième chance ; grâce à l’école j’ai mûri et je me suis enrichi. Les stages que j’ai effectués en vente m’ont permis de développer et d’enrichir des aptitudes et des compétences ; j’ai effectué mes deux derniers stages dans le même magasin de prêt-à -porter, et grâce à mon investissement j’ai été embauché ; maintenant cela fait trois ans que je travaille chez eux.
Concernant la discrimination, je ne peux pas dire que j’en ai été victime dans le travail avec mes collègues, au contraire, ils m’en protègent. C’est plutôt le regard des clients qui m’a gêné au début, car pour ne rien vous cacher, je suis homosexuel et certaines attitudes ne trompent pas. Maintenant je suis très à l’aise car j’ai des astuces pour éviter ce désagrément : quand une cliente me regarde bizarrement je m’approche d’elle et lui demande si elle a besoin d’aide ; une fois un couple est entré dans le magasin, l’homme s’est moqué de moi et je lui ai dit calmement que de se raser les sourcils ne lui allait pas.
Je me sens plus fort face à ce choix de vie. Grâce à ça je suis devenu un homme. Mes amis m’ont soutenu et j’ai appris à être méfiant. Je suis fier de ma vie car « je suis libre de mes choix ».
Mes conseils pour les jeunes qui cherchent un stage ou un travail : Etre bien habillé et propre, savoir se présenter sans être familier, proposer un CV dans une pochette. Je vais vous raconter une petite anecdote illustrant ce que je viens de dire. Il s’agit d’une jeune fille qui s’était présentée dans la boutique où je suis employé dans une tenue qui laissait à désirer ; pour être plus précis cette demoiselle était vêtue d’un survêtement et d’un polo sales. Cette jeune fille a, en plus, commis l’imprudence de venir accompagnée d’une amie qui ne cessait pas de faire des bulles avec son chewing-gum. En dépit de cela, elle s’est adressée à moi d’une manière assez familière, ce qui m’a fortement déplu et qui a anéanti son crédit envers moi. Elle m’a demandé où se trouvait le responsable de la manière suivante : « Hé frère, tu sais où il est le responsable ? ». Je lui ai dit que c’était moi et elle m’a expliqué qu’elle cherchait un stage. Je lui ai demandé si elle avait un CV et la jeune fille en a sorti un de sa poche, plié en quatre. Ensuite j’ai expliqué à cette demoiselle qu’une tenue vestimentaire et un comportement exemplaires sont essentiels dans l’optique d’une première prise de contact.
En somme, être bien dans son corps et dans sa tête, savoir se vendre et être curieux, sont des choses indispensables.
Les conseils que je donnerais à une jeune victime de discrimination : La terre est ronde, il y a de la place pour tout le monde. Celui qui te dit le contraire a quelque chose à se reprocher ou à cacher. Il faut être fier de soi, ne pas se prendre la tête. Il ne faut pas se laisser faire et ne pas accepter l’étroitesse d’esprit de celui qui vous fait mal ou vous attaque.
Alors, en adoptant ce type de raisonnement, je peux m’assumer entièrement comme je suis en étant Hicham, un Algérien de 22 ans et qui revendique son homosexualité. Le regard des gens ne me gène plus. Au contraire, je me sens libéré d’un énorme fardeau qui m’empêchait d’être moi-même jusqu’à présent. Enfin, lorsque je sens que j’attire l’attention, je me sens exister en tant qu’homme. »
EN CONSEQUENCE, NOUS PENSONS ETRE EN MESURE DE SUGGERER DES SOLUTIONS POUR L’EMPLOI DES JEUNES :

1ère proposition : Intervenir en amont sur les causes et lutter contre l’échec scolaire
Plus d’informations sur les filières porteuses
Développer le soutien scolaire
Valoriser l’enseignement professionnel
Multiplier les périodes de stage en entreprise pour tous les élèves et pas seulement lorsqu’ils quittent l’enseignement général. L’orientation professionnelle ne doit pas être vécue comme un palliatif, une orientation par défaut, la conséquence d’un échec.
Adoucir la transition entre vie scolaire et vie professionnelle
2ème proposition : Soutenir l’insertion socio-professionnelle
Responsabiliser les jeunes grâce à un travail de suivi individualisé
Développer les moyens de la Mission Locale
Promouvoir les actions de type CIVIS, contrat d’autonomie, aides aux transports, logement, santé
Favoriser leur implication dans la vie du quartier
Encourager l’accès à la culture, aux sports et aux loisirs
3ème proposition : Développer les contrats aidés
Mettre en place un tutorat dans les entreprises : les salariés en fin de carrière pourraient être associés à des jeunes en contrat d’emploi formation.
Construire un réseau de parrains ou de tuteurs en entreprises qui soit organisé en partenariat avec les conseillers d’insertion


Dans la même rubrique








